Je travaillais dans une supérette au Japon : un konbini.
Le patron courait sans arrêt : il répondait au téléphone en pleine commande, filait à la caisse en plein appel. Et entre deux, il s'asseyait devant l'ordinateur de l'arrière-boutique pour se battre avec une affichette : « POULET FRIT ___ YENS ». En agrandissant la police, ça débordait de la page. En changeant les réglages de l'imprimante, ça devenait trop petit.
Mes amis commerçants me demandaient sans cesse des affichettes, eux aussi. J'aidais volontiers. Mais à chaque fois je me disais : ce qu'il faut aux gens, ce n'est pas quelqu'un à qui demander, c'est un moyen de le faire soi-même, tout de suite. Sans notions de design, sans logiciel spécialisé.
Alors je l'ai construit. Vous tapez votre texte. Une lettre par page, aussi grande que possible. C'est tout — vraiment, c'est tout.
Pendant les trois premières années, il a rapporté exactement zéro. Pas de pub, pas d'inscription, pas de frais. Appelez ça de l'entêtement : je voulais juste savoir une chose. Est-ce que ça sert vraiment ?
La réponse est venue. Plus de 70 000 PDF ont été créés : des commerçants, des maîtresses d'école et de crèche, des équipes de chantier, quelqu'un qui décore un anniversaire en famille. Quatre feuilles qui épellent « OUVERT », une banderole de fête sportive, un « SÉCURITÉ D'ABORD », un « JOYEUX ANNIVERSAIRE » tendu sur le mur du salon : chacun protège dix minutes de quelqu'un comme mon patron d'alors.
Cet outil restera gratuit. Il ne vit que de pourboires. S'il vous a fait gagner un peu de temps aujourd'hui, vous m'offririez un café ?
Votre tasse offre dix minutes à la prochaine personne débordée, quelque part.